Yan Lohendra ne compose pas ses œuvres sur partition mais directement sur la matière sonore qu’il travaille sur un ordinateur et qu’il façonne progressivement, à la manière d’un sculpteur. Il réalise d’abord quelque chose d’assez grossier, puis lui donne une forme plus précise et l’affine, l’enrichit, la retravaille jusqu’à en être suffisamment satisfait. Yan n’a pas de projet précis lorsqu’il commence une musique, juste des impressions, des idées ou des émotions à exprimer.

Il est possible de le définir avant tout comme un sculpteur de sons, auxquels il donne forme, parfois en dehors de toute harmonisation consciente. C’est surtout le cas de son premier album, Upsilon Plus, ou il se permet d’utiliser néanmoins de temps en temps un accord sixième ou neuvième. Le deuxième album, The Ten Commandments, se révèle plus classique dans sa composition, même s’il se rapproche parfois lui aussi d’une certaine atonalité voulue.

Yan n’utilise pas de sample au sens de parties de musiques préfabriquées qu’on assemble et qu’on mixe. En revanches, il travaille avec des samples qui consistent en des sons de base joués comme des instruments pour produire des notes, exactement comme avec un piano ou une guitare. Il utilise aussi des synthétiseurs virtuels qui produisent des sons à partir de rien, par calcul mathématique, qu’il suffit donc de programmer pour fabriquer un son, joué ensuite comme sur un instrument.

Ses compositions sont parfois minimalistes et répétitives, un peu obsessionnelles quelquefois. La méditation l’aide à se dégager de tout ce qui conditionne l’esprit et de toutes les musiques qu’il a écoutées. Yan Lohendra affirme une proximité avec l’esprit de la Zeuhl, courant musical initié par le groupe Magma et ne cherche pas à produire des musiques qui plaisent à tout le monde. Pour développer une musique, Yan Lohendra remplace une piste par une autre, en ajoute, en supprime au fil du morceau, à la manière de la musique techno.

La Zeuhl, la musique atonale, le hip hop, la techno, la musique électronique, la musique concrète et le rock font ainsi partie des influences de Yan Lohendra. Il s’extirpe toutefois le plus possible de ces influences pour créer une musique qui lui soit propre. Il y a dans celle-ci une dimension expérimentale que Yan souhaite renforcer par la suite.

Les albums de Yan Lohendra correspondent chacun à un thème directeur, développé au fur et à mesure des musiques qui le composent. Celles-ci possèdent une signification propre relativement à l’idée directrice. Ainsi, The Ten Commandents exprime une critique du Capitalisme d’inspiration marxiste, déclinée en dix injonctions aliénantes et deux appels, l’un à l’éveil et l’autre à la révolte. Upsilon Plus se révèle plus ésotérique, aussi bien par la musique que par son thème. Il raconte sous une forme allégorique un parcours d’éveil difficile, semé d’embûches et qui s’approche parfois des limites de la folie. Cet éveil se comprend comme spirituel ou bien politique, voire philosophique.